

Série CARNET DE VOYAGE D’UN CANADIEN AU SÉNÉGAL (CVCS) publié en articles dans le cadre du 7e anniversaire de ce voyage initiatique réalisé en février 2013 dans le cadre d’une mission militaire de formation au Sénégal. Ici, le deuxième article d’une série de 12.
DU 2 FEV AU 2 MARS 2013
Album photo https://www.facebook.com/christophe.cote.355/media_set?set=a.10152152748695353&type=3
ARTICLE PRÉCÉDENT SEN1-01 LE DÉPART : https://lesparolesdechris.wordpress.com/2013/02/13/sen01-vol-et-envol/
ARTICLE SUIVANT SEN1-03 – LEÇONS DAKAROISES https://lesparolesdechris.wordpress.com/2013/03/05/voyage-decouverte-sen03-lecons-a-la-dakaroise/
SEN1-02 – ARRIVÉE À DAKAR
La poussière, le sable, la chaleur, les odeurs…
Accueil sous le soleil du Sénégal
2 fév 2013
2 fev 13
Jour 1 – Arrivée à Dakar
Après une longue mais confortable attente de dix heures à l’aéroport de Washington, nous embarquons dans l’avion qui nous emmène sur l’autre continent. L’homme assis à mes côtés est natif de l’Afrique du Sud. C’est un blanc, afrikaner, riche et raciste. Très gentiment, il m’expose ses idées et sa vision de son pays, de son continent. J’étais curieux d’en savoir plus, j’ai une soif insassiable de rencontrer des gens et d’entendre leur point de vue, sur tout.
J’ai trouvé très intéressant le vécu de cet homme, né en Afrique du Sud sous l’apartheid dans les années quarante. Il a fait sa vie sous un régime blanc qui domine les noirs. Selon lui, tout le développement de son pays a été fait, créé et conçu par les blancs. Et ce qui l’attristait le plus, ce n’est la fin du régime d’apartheid, soit de la domination par les blancs… non. Ce qui l’attristait le plus, c’était de voir toutes les structures économiques et sociales de son pays s’effondrer en ruine. Toutes les avancées technologiques développées en AS, armement, industries lourde, mines, véhicules, tout a été interrompu avec la fin du régime. La loi a alors obligé les entreprises à positionner des sud-africains noir à la tête de toutes les entreprises, ce qui s’est résulté par une fuite des cerveaux et de compétence. Immédiatement la corruption est devenue endémique, la sécurité s’est effondrée, le népotisme est devenu la norme.
Cet homme a vu son pays tomber en ruine. Les autorités ont adoptés des règlements volontairement raciste contre les blancs qui étaient au pouvoir, les délogeant systématiquement pour les remplacer par des gens qui n’avaient aucune compétence, expérience ou savoir-faire. Les fermiers blanc ont perdus leur fermes, les industries lourdes qui employaient des milliers de noirs ont fermées, faute de compétence dans les directions, les entreprises comme Toyota, Nissan et autres fabriquant automobiles ont plié bagages. Les noirs ont voulu acheté leur liberté, mais à quel prix ? Aucune sécurité pour les femmes, tout blanc doit être armé, vivant des conditions de vies paranoïaques…
Je comprenais un peu mieux son racisme après cela, basée sur la colère de voir tout ce qu’il avait connu s’effondrer sans avenir. Sans jugement facile nord américain. C’est trop facile de juger sans comprendre.
Après un long vol de huit heures, nous atterrissons finalement à Dakar, au pays de la «Teranga», de l’hospitalité. Je suis très excité et tous mes sens sont en éveil. La porte de l’Avion s’ouvre sur un air chaud et lourd. Il a beaucoup d’odeurs dans l’air, mais je ne saurais en définir une seule… pour nous il est près de une heure du matin, heure de dakar : six heures. Mais il fait encore nuit, et un halo de poussière ou de brouillard entoure toutes les lumières de l’aéroport LÉOPOLD SANGHOR.
Nous récupérons nos bagages et nous dirigeons sans tarder vers la sortie. Un jeune sergent est venu pour nous accueillir et nous accompagner jusqu’à l’hôtel. Premier contact avec la population locale. Immédiatement nous sommes assailli par une horde de «bagagistes» qui s’empressent de nous offrir leur aide pour nous soutirer un peu d’argent. En tant que militaire, nous me sommes guère habitué à ce que des civils nous approche, et se mélangent à nous. Il serait impensable au canada, ou n’importe ou en mission qu’un civil touche à notre matériel. Personnellement j’attendais que le jeune militaire nous ayant accueilli chasse les gamins, mais non, il ne semblait même pas les voir en fait. Donc nous laissons aller, sans leur porter attention, malgré les mains tendues, les demandes d’argent et d’attention. La confusion règne dans notre groupe, le jeune sergent semble très désorienté. Nous montons nos bagages dans un véhicule militaire datant de mathusalem, et nous-mêmes montons dans un petit bus. Étrangement, au signal de départ, nous tournons deux fois sur nous-mêmes dans un rond point avant de finalement prendre la bonne direction.
Tout me semble sur-réaliste, les couleurs criardes, la lumière blafarde et l’air. L’air chargé de vapeurs de diesel. Cela couvre tout, impossible de sentir autre chose que le diesel. Nous nous élançons sur la chaussée bétonnée, et le spectacle commence.
Enchevêtrement de lignes électriques, bâtiments à peine fini, autobus bondés, roulant à plein allure avec les portes ouvertes, des passagers accrochés aux rebords, en équilibre sur les pare-chocs, des motocyclettes fumantes avec des pilotes sans casques, des voitures rutilantes dépassant des taxis jaune et noirs complètement cabossés.
Nous roulons une vingtaine de minutes, entassés dans le minibus odorant, fatigués du voyage, mais totalement fasciné par le spectacle ahurissant qui s’étale sous nos yeux. On dirait que la fin du monde est passée par là, mais que les gens ont survécu, qu’ils se sont habillé tout propre, et qu’ils ont juste continués à vivre parmi les décombres. Nous doublons des autobus fumant tellement bondés… et d’autres autobus simplement arrêtés sur le côté, en panne, les gens débarquant simplement.
Nous quittons «l’autoroute» pour nous enfoncer au cœur de la cité. Mélange très fort d’odeurs, de putréfaction et de diesel. C’est comme si nous traversions un dépotoir, je regarde un de mes collègues en lui demandant si c’est ça l’Afrique, il me dit c’est ça l’Afrique. Ouf que je me dis ! «Tu va t’y faire»… Mouais!
Heureusement, quelques cent mètres plus loin, l’odeur s’atténue, redevient supportable, et s’estompe complètement. Nous tournons quelques coins de rues, et hop, nous voilà rendu à l’hôtel Faidherbe. Entrée, enregistrement des bagages, petit breifing d’arrivée avec un attaché militaire, ensuite je m’effondre sur mon lit pour quelques heures, besoin de récupérer. Il est 1030, la dernière fois que j’ai dormi est… attendez un peu… nous sommes samedi matin à Dakar, soit environ 5h30 heure du Québec, je suis parti jeudi à 15h de Kingston, repos à Ottawa, départ d’Ottawa à 03h30 du matin (dans la nuit de jeudi à vendredi) donc…. Bah! À peine 26h d’éveil ! Pffffeennn ! My God! Ceux qui me connaissent savent que Y’a rien là ! 😉 Bon ! anyway, tout le monde se couche jusqu’à 13h, faisons pareil.
Fa que jme couche un peu, me relève deux heures plus tard, ben trop énarvé d’aller voir la ville. Tous se réunissent dans le lobby et go, on part en groupe pour aller manger dans un resto convenable.
On sors… Wow, je capote ben raide! Il fait chauuuuud!! C’est comme un mois de juillet. 12h plus tôt j’étais à moins quarante aux grand vents! Wow! Les trottoirs sont défoncés, en fait y’a pas de trottoirs, les chars sont parkés sur les trottoirs, partout. Il y a des gens partout, partout. Une densité de montréal, rue ste-catherine après la coupe stanley.
Réveil pour midi
Ali :
En sortant du dîner, je tombe sur ce mec. Très mince, traits fins, petit nez, petits yeux bridés, peau noir (ici je réalise qu’i y a plein de couleurs noirs différents, selon l’ehtnie). Une cicatrice lui balafre la lèvre jusque sous l’œil, mais ne l’enlaidit pas du tout. Il est très propre, poli et bien habillé. Il approche le groupe, mais rapidement s’attarde plus avec moi. Je suis assoiffé de rencontres et de découverte, curieux et intéressé par tout, contrairement à mes collègues anglais qui disent «no no no». Ils ne savent tellement pas ce qu’ils manquent! À vouloir trop se protéger on s’isole…
Le jeune mec se présente, il est Ali. Brillant, érudit, philosophe et sage. Je tombe sous le charme. Je lui mentionne que je ne veux pas acheter, et j’insiste, mais il est si habile, si aimable et vraiment vraiment magnifique dans son argumentaire, que je me laisse séduire et accepte de regarder les statues qu’il a en main. Elles sont vraiment très belles et gracieuses. Ne sachant trop comment cela vaut, je tente de négocier. Il part son prix à vingt euros. J’ignore combien ça fait. On continue à négocier.
«Je travaille pour la marmite me dit-il» C’est quoi ça ? «C’est pour la famille! Je n’ai rien vendu aujourd’hui, et je n’ai pas mangé, mais si tu m’achète une statue, je pourrai nourrir 15 personnes aujourd’hui. Et même si tu ne m’achète rien, ça me fait plaisir d’être avec toi. L’argent passe, l’amitié reste!»
Il venait de me gagner.
Nous continuons notre marche en groupe, les autres discutant ensemble, se faisant harasser par des vendeurs itinérants comme mon Ali, mais ceux-ci étant p-e moins chanceux, ou moins habiles, se faisant tous dire «no no no». Moi je parle avec Ali, on partage nos visions du monde. Il y a des vendeurs de sandales, de t-shirt, de lunettes, de montres, de ceinture, de carte téléphonique, d’arachides grillées, de fruits, de noix de coco, de masques, de statues en bois, il y a des vendeurs de tout tout tout ce qu’on n’oserait même pas imaginer. Il y a des pousse pousse, des vendeurs de liquide-que-persopnne-boirait-osti-qu’on-a-aucune-idée-c’est-quoi-pis-depuis-combien-de-temps-c’est-là! Les gens sont beaux, propres en général, bien habillés. Il y a de vrai cartes de modes super chic. Pantalons-chemise-et-tout. Putain que le monde est beau, je suis flabergasté.
Les voitures-poubelles nous frôles à chaque minutes, car les trottoirs étant inutilisables, on doit marcher dans la rue.
Wow! J’ai tellement encore rien vu! Pis ça c’est mon premier jour!!
À tantôt…
Chris
Prochain article SEN1-03 LECONS À LA DAKAROISE : https://lesparolesdechris.wordpress.com/2013/03/05/voyage-decouverte-sen03-lecons-a-la-dakaroise/