Troisième texte sur mes expériences Sénégalaises
No de classement : SEN03
Titre : Premières leçons à la Dakaroise…
Série CARNET DE VOYAGE D’UN CANADIEN AU SÉNÉGAL (CVCS) publié en articles dans le cadre du 7e anniversaire de ce voyage initiatique réalisé en février 2013 dans le cadre d’une mission militaire de formation au Sénégal. Ici, le troisième article d’une série de douze.
ARTICLE SUIVANT SEN1-04: https://lesparolesdechris.wordpress.com/2013/03/09/voyages-decouvertes-sen04-le-lac-rose-1/
ARTICLE PRÉCÉDENT SEN1-02 https://lesparolesdechris.wordpress.com/2013/02/13/sen02-dakar-dakar-ben-daccord/
ALBUM PHOTOS 1 : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.134755126703224&type=3
ALBUM PHOTOS 2 : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.127790687399668&type=3
Jour 3
Lundi 4 fev 13
Je me réveille difficilement ce matin. J’ai beaucoup bu et parlé concept de vie avec l’un de mes collègue de travail jusqu’à deux heures du matin hier soir.
Le ciel est blanc. Il n’est jamais bleu le matin. L’aube et l’orée sont très différents de chez nous, en zone plus nordiques. Chez nous le jour se lève et se couche pendant une heure de temps. Nous pouvons voir le ciel s’illuminer bien avant et après l’apparition du soleil. Ici c’est très différent : il fait noir il fait noir et tout d’un coup, PAW! Il fait clair… de même le jour disparaît d’un coup! En dix minutes, il fait noir.
Aujourd’hui est notre premier jour de travail officiel en uniformes. Nous devons aller préparer les salles d’instruction au cercle des officiers, en faire le tour, nous y adapter, nous approprier la place. Nous y marchons en groupe pour réaliser qu’ils ne seraient pas prêts à nous y accueillir avant mercredi. Déception du patron, aucun problème pour moi.
Comme nous n’avions donc pas vraiment de préparation à faire, je suis allé marcher avec un autre instructeur à travers les rues de la ville. Nous nous sommes dirigés vers la corniche, la petite voie asphaltée qui borde la mer en basse ville. Nous avions décidé de rester habillés en uniforme afin de ne pas nous faire importuner, ou le moins possible à tout le moins. Pourtant, dans les premiers 200 mètres, un grand gars du nom de Ali (pas le même que celui de samedi) nous a joins pour nous accompagner. C’était cependant le même baratin. Le mec était très sympathique et nous a accompagné pour toute notre marche de découverte. Malgré que nous lui ayons mentionné d’emblée que nous n’achèterions rien, il a voulu rester à nos côtés, pas de problème, cela nous protège des autres de toute façon.
Découverte de l’environnement autour de l’hôtel pour le prochain mois
À Dakar, c’est simple, les trottoirs sont faits pour garer les voitures. Donc les piétons marchent dans la rue! Ce qui implique qu’à chaque minute votre vie est «menacée». Étonnement, les gens d’ici semblent d’une vigilance à toute épreuve! Les miroirs des voitures et des motos filants à toute allure vous frôlent à chaque instant. Et en plus vous rencontrez d’autres piétons, ce qui implique toute une gymnastique chorégraphique.
Car en fait, il n’y a pas QUE d’autres piétons, il y a des pousseux de charettes à mains, des vendeux d’arachides et de noix quelconques, des vendeux de t-shirt, de crochets de douche, de ceintres, de sandalles, de toutes les cochonneries au monde dont vous ne sauriez imaginer l’existence en si grand nombre. Des lunettes fluos, de soleil, des montres, des chapeaux, des tapis de prière, tapis d’entrée, des vieux miroirs de chars, TOUT se vend ! Mais je ne peux croire que tout s’achète!
Il y en a qui ne font que demander l’aumône, avec une bonne histoire ou non. Depuis que j’avais rencontré Ali le premier jour «Avec Ali, même une mouche ne te touche pas!», personne ne pouvait lui arriver à la cheville. Je prenais néanmoins le temps d’écouter quelques histoires. J’allais en entendre des dizaines au cours des prochains jours…
Au fil de notre marche, nous rencontrons toutes les zones de Dakar centre-ville : les odeurs de marché, les vendeurs de masques et items de bois, les taxis-poubelles ! Imaginez la pire des poubelles roulante que vous n’ayiez jamais vu au canada. Vous savez, le gars bizarre que vous connaissez qui a toujours une Toyota corolla, ou tercel vieille comme la terre, mais qui ne brise jamais… Enlevez lui encore 5 ans, ajoutez une centaine de bosses, une peinture au rouleau, jaune et noir, des amortisseurs amortis et défoncés, des pare-brises brisés, des lumières éteintes, et des milliers de km au compteur. Jamais n’a-t-on vu de pareils véhicules sur les routes du canada. On les retire bien avant l’atteinte de cet état de délabrement fonctionnel. Du moins je l’espère. Tous les véhicules sont soit vieux, soit neufs. La moitié des autos sont des taxis, jaunes et noirs, cabossés, avec une queue de renard sur le pot d’échappement, et une inscription référant à un maître religieux ou une parole de Allah peinte sur le pare brise, ou le coffre, ou les portes, ou les pare-chocs, ou les vitres de côtés… y’a pas de standard sauf un : ils ont tous une particularité propres, comme une empreinte digitale. Chacun de ces véhicules qui sert comme taxi a plus d’histoires à raconter sur sa vie à travers les continents pour se ramasser ici, et comment il avait ramassé chacune de ces marques sur la carrosserie… que n’importe quel véhicule de n’importe ou dans le monde !
Un membre de notre groupe disais que le problème ici, c’est qu’ils ne font pas de maintenance préventive. On utilise la machine tant que ça sert, tant que ça marche. Et quand ça marche pu, on le repatenture pour que ça marche encore… et encore… et encore. Ce qui fait que les choses atteignent et dépassent de beaucoup leur durée de vie utile. Ici l’on ne tient pas compte de «l’obsolescence planifiée»! Même si la machine n’est conçue que pour dix ans, ici on la fait durer plus du double. Et encore. Rien ne se jette en Afrique.
Nous marchons une heure ou deux, se familiarisant avec les rues de la ville, autour du palais présidentiel. Tout est très joli, construit avec du style, mais abandonné depuis les cinquante dernières années, sans entretient. Alors tout est vieux et sale. Mais ça fonctionne, on utilise tout jusqu’au bout. Je suis flabergasté par les contrastes sociaux et d’aisance.
Nous retournons à l’hôtel, chemin faisant. Au revoir à ce Ali No 2.
Découverte de l’Âme de Dakar
Quelques minutes après notre arrivée, je rencontre à nouveau par hasard le plagiste, qui m’avait donné une serviette pour la piscine le jour précédent. Je n’avais pas bien pris le temps de l’observer à la lumière du jour. Je constate qu’il avait tout de la beauté assumée ce garçon! Je garderai son nom, pour le nommer Isma.
Des traits remarquables, les yeux bridés, des sourcils fins et pointant vers le haut, tête rasée avec quelques poils au menton. Des Épaules larges et des bras musclés, il est le «plagiste», celui qui s’occupe des serviettes et du service autour de la piscine. Mais surtout, il affiche une sagesse extraordinaire, un savoir important et une conviction profonde en sa foi. Ce qui le fait rayonner d’autant plus.
Si j’avais pu, c’est le genre de conversation que j’aurais filmée. Isma m’a parlé d’une légende du roi mandingue, Soundiata Keïta du Mali (1190-1255), qui illustre le pouvoir du courage et de la force, malgré des épreuves terrible.
J’ai ici transcrit une partie de la légende du roi mandingue, d’après mes souvenirs de la discussion.
L’empire du Manding : Soundiata Keita (le roi)
Avant même de naître, le roi était dû pour être roi. Il est sorti handicapé de sa mère handicapée, ne pouvant marcher. Le peuple sachant qu’il deviendrait roi l’a isolé, car il était effrayant, menaçant. Il fut battu, isolé, rejeté, humilié. Toute sa pauvre vie il a dû se battre pour tout, les gens ne voulant pas l’aider, car sachant qu’il était un futur Roi, on voulait l’en empêcher.
Un jour, le jeune homme frêle et courbé alla voir le forgeron pour lui demander une barre de fer qui l’aiderait à marcher. Le forgeron refusa, sachant qu’il était le futur roi. Le jeune homme revint une autre fois, et encore une autre, et encore une autre, et encore une autre… jusqu’à ce que le forgeron accepte de lui faire une barre de fer.
Lorsque la barre fut prête, elle était si lourde, qu’il fallut dix hommes forts pour la transporter jusqu’au futur roi. Ce dernier la saisi, seul, et en la posant au sol avec force pour se lever, il la cassa en morceaux, la rendant inutilisable. Il pleura pleura et pleura.
Après trois semaines, il retourna voir le forgeron, avec grande misère, et demanda une autre barre de fer pour se soulever à nouveau. Le forgeron refusa et ne lui donna qu’une faible branche. Sur cette branche, le futur roi prit appui, et avec effort, il se tira au ciel, se soulevant de terre pouvant enfin regarder les gens au niveau des yeux. Dès cet instant, le jeune homme déploya sa force et son courage et couru chez sa mère pour montrer sa nouvelle force.
Les villageois furent effrayés par ce miracle. Comme il était seul, ils s’unirent pour le chasser du village. Ce dernier accepta de s’en aller, mais en jurant de revenir comme le roi. On avait peur de lui, car il était celui qui corrigerait les mauvaises actions. Avec lui comme roi, on ne pourrait plus vivre dans le mal, car il serait le guide, on n’en voulait pas.
Il leva une armée, portée par son incroyable volonté de vivre, et revint battre le roi local pour prendre sa place, car il savait être celui qui devait devenir roi. Et c’est sous son règne qu’il unifia de nombreuses peuplades du Mali, peuples qui devinrent les Mandingo, forts guerriers courageux et intègres.
Wikipédia présente Soundiata comme un grand administrateur qui développe le commerce, l’exploitation de l’or et des cultures nouvelles (introduction du cotonnier). Il organise politiquement et administrativement les peuples soumis, en implantant une solide organisation militaire. Les chefs de ses armées sont installés comme gouverneurs de province. Soundiata, outre ses exploits guerriers, est connu pour sa sagesse. Sa tolérance permet la coexistence pacifique de l’Islam et de l’animisme dans son Empire.
Morale : les épreuves envoyées par Dieu servent à renforcer votre volonté. On vous amène le doute pour solidifier vos convictions. Votre destinée est écrite, mais il faut se battre parfois pour la réaliser, pour accomplir le dessein de Dieu et se trouver soi-même. Il faut tirer les leçons et les enseignements des expériences de la vie. C’est dans la souffrance que se réalise la grandeur.
Découverte des fondements de l’Islam sénégalais
Depuis mon arrivée, on m’avait déjà cité au moins 20 fois le nom d’Allah. Je commençais à comprendre que j’allais parler pas mal de Dieu et de l’Univers au cours des prochains jours, alors autant nous adapter. J’aime parler de l’Univers, du Réseau Supérieur, de La Source, de ce niveau énergétique avec lequel nous communiquons, consciemment ou non, et qui détermine notre vécu et nos expériences ici-bas. Au Sénégal, on l’appelle Allah, et il a un exemple pour tout ! Pour chaque situation de vie, Allah a une parole, par la bouche de l’un de ces prophètes. Ne soyez donc pas outré si au cours des prochains textes, j’emploie abondamment le nom de Dieu. Ce n’est pas que je suis devenu soudainement plus croyant que je ne le suis, car je le suis, mais c’est juste plus facile de rapporter les propos des auteurs.
Alors, une fois cette histoire sur le courage et la force racontée, nous avons parlé de Dieu. Isma est musulman, et croit dans le même dieu que nous les catholiques. Il croît en Jésus aussi. Il le considère comme un prophète important du message de Dieu. C’est important ça : l’Islam accepte que Jésus est venu, et accepte son message, celui de Dieu, message d’amour et de tolérance. Donc nous croyons aux mêmes choses dans l’ensemble, simplement rapportées différemment, n’est-ce pas beau ça? Sauf que nous on dit que Jésus est le fils de Dieu, alors que l’Islam reconnaît sa venue, et son importance, mais à titre de bon porte-parole. Sauf qu’ils trouvent que celui qui lui a succédé, Mahomet, est plus solide. Donc ils croient au même message, mais expliqué par Mahomet au lieu de Jésus.
Nous avons parlé de la lumière de Dieu, de la foi et de la force nécessaire pour ne pas s’en détourner lorsque le noir envahi votre cœur. Chacun à notre manière, avec nos vécus, nous avions une communion de vues sur l’état final de la conscience et de la relation à Dieu à travers les gens qui nous entourent. Il faut savoir agir pour le bien, mais sans rechercher son intérêt, et servir en toute humilité, même avec des moyens puissants. Il faut savoir tirer la force quelque part en soi, mais ne jamais oublier que cela vient d’ailleurs, pour accomplir de grandes choses. La reconnaissance à Dieu, ou Allah, ou à La Source d’Énergie Universelle, est au cœur de la récompense qui motive les bonnes actions par de bons sentiments, et ainsi, fait tourner la roue du Bien, et motive le désir d’y participer encore par d’autres bonnes actions.
Les leçons par la souffrance :
À travers l’histoire du Roi mandingue, il m’a racontée les deux jours qu’il n’oublierait jamais dans la vie, et qui l’ont le plus confrontés à renforcir sa foi, par des épreuves terribles :
Le premier jour, lorsqu’il avait 21 ans, il a eu une infection à un pouce qui ne guérissait pas. Originaire du sud du sénégal, en Casamence, région éloignée des centres de santé, il est allé voir des militaires pour obtenir de l’aide. Ne possédant ni matériel, ni réel savoir-faire pour le soigner, ILS LUI ONT COUPÉ LE POUCE. À froid. Cinq solides gaillards le maintenaient immobiles pendant qu’un boucher lui charcutait le pouce, mais sur le sens du long, pas en transversal. Aujourd’hui il a un demi pouce, avec un demi ongle, et si «l’opération» lui a permis de sauver une partie du doigt, il s’agit néanmoins de la souffrance physique la plus intense qu’il n’ai jamais ressentie. Aucun analgésiques.
IL N’A PAS DORMI POUR 15 JOURS TELLEMENT IL A EU MAL.
Le deuxième jour est plus dramatique encore.
Il a eu un enfant mort-né, qu’il a dû enterrer au lieu de porter dans son berceau. L’enfant n’a pas passé le cap des 7 jours, problèmes respiratoires. Il s’agit de la souffrance personnelle la plus intense qu’il n’ai jamais ressentie.
Ce garçon a à peine 30 ans, mais il a des cicatrices sur le corps, sur les mains, au-dessus des yeux, dans le coeur. La souffrance qu’il a vécu n’a pas de comparaison… n’a aucune comparaison possible. Et pourtant ! Si vous voyiez son sourire, ses yeux, comme il est beau et généreux! À travers ses histoires, Isma explique comment la douleur et la souffrance sont porteurs de messages et de leçons de la vie.
Au lieu de se morfondre sur son sort, et de maudire le ciel, il prend ces épreuves comme étant des obligations d’apprentissage, et avec humilité, accepte son sort en tirant les leçons. C’est de cela qu’il parle je crois quand il affirme qu’Allah envoie des épreuves à ceux qu’il aime afin de leurs faire comprendre des choses, pour les faire grandir. Que cela nous plaise ou non, on grandit dans l’épreuve.
Ça fou un coup à l’Égo… Ça rappelle de ne pas se prendre pour plus important qu’on ne l’est. Il y a toujours une leçon qui vient de plus grand que soit. Il faut cependant l’humilité pour l’accepter.
Chris
PROCHAIN ARTICLE SEN1-04 – LE LAC ROSE : https://lesparolesdechris.wordpress.com/2013/03/09/voyages-decouvertes-sen04-le-lac-rose-1/