Classement : R&S
Titre : Le «Washer»
Histoire écrite : Oct 12
Histoire vécue : Août 2012
Au cours de ma dernière semaine de juillet, j’ai «fait du mur» de bois à mon chalet, ce qui implique énormément de découpage de mes fameuses planches de pin de 6 Po de large. Pour ce faire, j’ai utilisé toutes mes scies pour toutes sortes de coupes. J’ai pu avoir jusqu’à sept scies en même temps.
L’une de ces scies est mon banc de scie. Un vieux banc de scie qui m’a été donné par un voisin, mais qui fonctionne bien à condition d’y donner l’amour nécessaire…
L’usage du banc de scie, en particulier, génère un important volume de bran de scie. Ce qui fait que à la fin de chaque journée de travail, durant quatre jours, je nettoyais en gros les débris de la journée.
L’histoire a commencé très banalement avec un vulgaire washer. Vous savez, ces petites rondelles plate en acier qui servent à absorber l’espace sous une vis, ou un boulon. Je crois que dès le premier jour de travail, j’ai trouvé ce washer par terre, avec un autre boulon. J’ai ramassé les deux et les ai simplement mis sur le banc de scie, en me disant que je m’en occuperais plus tard. Le lendemain, en commençant ma journée de travail, j’ai vu le washer sur la table de travail, mais je l’ai laissé là en ne me préoccupant simplement pas de sa présence. À deux reprises dans la deuxième journée le washer est réaparu au hasard d’un mouvement de bran de scie, mais je n’en ai pas tenu compte, le considérant mineur dans l’équation.
Au troisième jour, plus de traces du washer, j’avais du le faire tomber à un certain moment, et comme il n’était plus dans mes yeux, je n’y pensais plus, simplement. À la fin de ma troisième journée cependant, il est de nouveau réapparu dans un coup de balai, et j’ai trouvé cela amusant, de tomber à nouveau sur cette rondelle, que j’avais oublié, mais pourtant toujours présente.
Si petite soit-elle, elle ne disparaissait pas. Et c’est justement cela qui m’a fait me dire ce troisième jour que je devais prendre action. Je l’ai donc prise, et remise sur la table de travail et me disant que je m’en occuperais pour de vrai le lendemain.
Au quatrième jour, j’avais toujours la rondelle sur la table, mais cette fois bien décidé de ne pas la laisser traîner. Ce fut une journée occupée, étourdissante, et à un moment donné, j’avais besoin de bouger vite, et dans un geste d’impulsivité j’ai balayé la table de travail de tout ce qui s’y trouvait sans égard aux petites choses, me disant que cela n’avait pas d’importance, je verrais plus tard.
C’est le lendemain matin, au cinquième jour que j’ai donné mon grand coup de nettoyage, et encore une fois, en passant le balai, à deux reprises j’ai entre-apperçu la fameuse rondelle qui se pointait l’œil entre deux vagues de bran de scie. Ce n’est qu’à la deuxième apparition que j’ai été convaincu de la résilience de la petite rondelle, elle méritait que je m’en occupe. Je l’ai donc ramassé enfin, et glissé dans ma poche de pantalon, me disant que je la mettrais avec les autres rondelles dès que j’aurais terminé le balai.
Mais comme de fait, j’ai fini ça, suis passé à d’autres choses, ai mis mes pantalons au linge sale et n’y ai plus repensé… encore!
De retour chez moi, dans les jours suivants, je n’ai pas tardé à faire du lavage pour me libérer de cette immense poche de linge sale.
N’ai-je point besoin de vous exprimer quelle fut ma surprise de voir tout au fond de la laveuse, après la deuxième brassée, ma petite rondelle…
Et c’est là que l’histoire trouve tout son sens : ça m’a saut au visage! Aussi petite soit-elle, cette rondelle de métal, qui m’avait suivi tout au long de la semaine, et dont je ne m’étais pas occupé et lui donnant l’attention nécessaire, même le petit peu qu’il fallait, venait de m’éclater en plein visage !
C’était un rappel très concret que si l’on ne s’occupe pas de nos problèmes, aussi petits soient-ils, ils vont ressurgir au moment et à l’endroit le plus inattendu, quand tes pas prêt. Et qui sait, peut-être même faire capoter les projets actuels.
J’ai donc gardé ma petite rondelle comme symbole réel d’un problème qui m’afflige profondément : la procrastination. La tendance à tout repousser à demain sans raison réel. C’est comme se sentir riche de temps, en se disant qu’on aura bien le temps de s’en occuper plus tard. Erreur.
La rondelle peut ressurgir à tout moment.
Chris

très véridique.. du coup ça me pousse à la même réflexion ..